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Amélie Nothomb - Le sabotage amoureux. (Livre de poche, page 119.)

Amélie Nothomb - Le sabotage amoureux. (Livre de poche, page 119.)
"L'erreur, c'est comme l'alcool : on est très vite conscient d'être allé trop loin, mais plutôt que d'avoir la sagesse de s'ârreter pour limiter les dégâts, une sorte de rage dont l'origine est étrangère à l'ivresse oblige à continuer. Cette fureur, si bizarre que cela puisse paraître, pourrait s'appeler orgueil : orgueil de clamer que, envers et contre tout, on avait raison de boire et raison de se tromper. Persister dans l'erreur ou dans l'alcool prend alors une valeur d'argument, de défi à la logique : si je m'obstine, c'est donc que j'ai raison, quoi que l'on puisse penser. Et je m'obstinerait jusqu'à ce que les éléments me donnent raison - je deviendrais alcoolique, j'achèterai la carte du parti de mon erreur, en attendant que je roule sous la table ou que l'on se fiche de moi, avec le vague espoir agressif d'être la risée du monde entier, persuadée que dans dix ans, dans dix siècles, le temps, l'Histoire ou la Légende finiront par me donner raison, ce qui n'aura d'ailleurs plus aucun sens, puisque le temps cautionne tout, puisque chaque erreur et chaque vice aura son âge d'or, puisque se tromper est toujours une question d'époque.
En fait, les gens qui s'obstinent dans leur torts sont des mystiques : car ils savent bien, au fond d'eux-mêmes, qu'ils s'investissent à trop long terme, qu'ils seront morts longtemps avant la caution de l'Histoire, mais ils se projettent dans l'avenir avec une émotion messianique, persuadés qu'on se souviendra d'eux - qu'au siècle d'or des alcooliques on dira : "machin, pilier de bar, était un précurseur", et qu'à l'apogée de l'Idiotie on leur vouera un culte. "

# Posté le vendredi 22 août 2008 13:58

Modifié le vendredi 22 août 2008 17:09

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